LE MANOIC
Selon certains auteurs, le manioc serait originaire de l’Amérique tropicale. Mais d’autres sont partisans d’une origine africaine. En fait, l’incertitude subsiste quant à l’origine de l’espèce. On considère en général qu’elle se situe dans le nord-est du brésil et que les sites d’Amérique centrale et du brésil et du Mexique ne seraient que des centres de diversification secondaires.
Selon cette théorie, le manioc aurait été introduit en Afrique par les Portugais vers le milieu du XVe siècle. A cette époque, il n’était cultivé que par les colonies portugaises du golfe du Bénin, de Sao Tomé et à l’embouche du Congo.
Au cours du XVIIe siècle, sa culture n’aurait progressé que très lentement, d’abord dans la cuvette congolaise (Zaïre chez les Bushongos du Kasaï, Bissau ou Guinée Bissau, en 1650) et en Angola ainsi que sur la cote de Guinée.
Il semble que la culture et la consommation du manioc ne se soient réellement développées en Afrique qu’à la fin du XIXe siècle, après l’abolition de l’esclavage, lorsque des esclaves libérés rapportèrent des techniques de préparation en usage au brésil. Mais selon certaines sources, il aurait été un aliment important au Nigéria des 1700.
Aujourd’hui, en côte d’ivoire, le manioc règne sans partage d’Assinie tabou, entre mer et lagune, sur les langues des sables quaternaires du cordon littoral, aux sols chimiquement pauvres et d’une structure physique déplorable. Les trois préfectures d’Abidjan, de Sassandra et de Divo contrôlent près de 40% de la production nationale dont plus de 29% proviennent du seul département d’Abidjan.
En Afrique, on trouve deux types de manioc, le manioc amer et le manioc doux. Le manioc amer prédomine dans les régions forestières ou il est devenu la base de l’alimentation et les types doux représentent un complément dans les régions d’extension.
Certains auteurs pensent que la culture des maniocs doux, qui ne nécessitent pas de préparation particulière avant leur consommation, s’est développée la première.
BOTANIQUE
Le genre Manihot est une phanérogames angiosperme dicotylédone de la famille des euphorbiacées. Il existe plusieurs espèces, mais nous n’étudierons que l’espèce manihot esculenta.
Morphologie
Le manioc est un arbuste pouvant atteindre à 5 m de haut.
- Les racines
Le système racinaire des plantes issues des graines comporte un pivot, qui s’enfonce verticalement dans le sol, et des racines secondaires à développement d’abord horizontal puis vertical. Le pivot et les racines secondaires peuvent tubérisé.
Lorsque la plante est issue d’une bouture, comme c’est le cas normal en culture, les racines sont d’abord traçantes puis s’enfoncent profondément dans le sol. Elles peuvent suivre assez longtemps, en saison sèche, si aucune hétérogénéité du sol n’y fait obstacle, l’abaissement des horizons humides. La plante possède ainsi une bonne aptitude à franchir des saisons marquées.
- Les tubercules
Les tubercules, parties utiles du manioc, proviennent normalement du gonflement de la racine (partie traçante) émise par une bouture. Ils sont horizontaux ou plus ou moins obliques dans le sol.
Les tubercules complètement formés présentement une allure fusiforme à cylindro-conique et mesurent de 20 à 60 cm de longueur et de 5 à 15 cm de diamètre. Ils peuvent être attachés directement à La bouture qui leur a donné naissance (tubercule sessile) ou lui être rattachés par un pédoncule. Les tubercules pédoncules sont souvent fibreux.
- Tiges et rameaux
Les tiges et les rameaux très jeunes, c’est-à-dire aux extrémités non encore lignifiées, sont diversement colorées en vert, vert-jaune rouge ou bronze, selon les variétés.
Les tiges et rameaux âgés et ligneux sont de couleur blanc argenté, gris-vert brun ou jaune. Ils sont cassants et ont un aspect noueux dû à la présence de cicatrices pétiolaires proéminentes.
Le manioc est plus ou moins ramifié selon qu’il fleurit ou édifie de nombreuses branches florales.
La ramification est sympodique. Certaines variétés présentent jusqu’à dix ramifications successives, tandis que d’autres n’en présentent aucune. Le degré de ramification est une caractéristique variétale liée à l’aptitude à la floraison. La précocité de la ramification dépend du niveau de prélèvement de la bouture.
- Feuilles, fleurs et fruits
Les feuilles sont alternes, simples et caduques. Chez les plantes issues de boutures et lorsque les feuilles précèdent ou suivent immédiatement une ramification, les limbes peuvent présenter un nombre réduit de lobes.
Les feuilles les plus basses et les plus âgées s s’éliminent régulièrement et sont remplacées par d’autres qui se forment au niveau des bourgeons terminaux des rameaux, donnant aux variétés ramifiées un port en voute hémisphérique.
Certaines variétés ne fleurissent pas, soit à la suite d’avortement des bourgeons floraux. Les inflorescences correspondant aux ramification les plus basses avortent généralement. Lorsqu’elles existent, elles se présentent au centre des fourches à deux ou trois branches constituant les ramifications successives du système aérien.
Les fleurs femelles, peu nombreuses, sont situées à la base de l’inflorescence. Elles s’ouvrent les premières. Elles sont constituées de 5 sépales en forme lanières, bariolés, rouges, vert ou pourpres. Les fleurs males, plus nombreuses, ont un périanthe de 5 sépales soudés sur la moitié de leur longueur, glabres à l’intérieur.
Le fruit est une capsule déhiscente de 1 à 1,5 cm de diamètre, à trois loges (tricoque), comprenant chacune généralement une graine. Les graines sont ovales plus ou moins marbrées ou tachetées de brun.
Ecologie
Le manioc est considéré comme une plante rustique, présentant des grandes facultés d’adaptation à des situations écologiques variées. Sa zone de culture s’étend de 30° de latitude Nord à 30° de latitude Sud et se situe autour de 2 000 m d’altitude.
- La lumière
Le manioc est une plante héliophile, c’est-à-dire qui aime la lumière. Une réduction de la radiation solaire entraine une augmentation de la longueur des entrenœuds. La production de nouvelles feuilles ralentit. La durée de vie des feuilles et la surface foliaire sont diminuées.
Le manioc est considéré comme une plante de jours courts, une photopériode de 8 heures provoque une initiation plus précoce des tubercules.
En jours longs, le développement aérien est favorisé au détriment du développement des racines.
- La chaleur
Les températures moyennes les plus favorables à la croissance se situent entre 23 et 25°C. La croissance s’arrête à des températures inférieures à 10°C et est très ralentie à 40°C. le gel tue la plante. Lorsque la température descend en dessous de 10°C, les organes aériens dépérissent. La végétation repart des bourgeons de la base des tiges lorsque les conditions de climat deviennent plus clémentes. L’effet des écarts de température entre le jour et la nuit est mal connu.
Le taux d’apparition des feuilles par apex entre le deuxième et le huitième mois de végétation est d’autant plus élevé que la température est plus haute.
- L’eau
Le manioc ne nécessite pas une culture irriguée. Il est considéré, d’une façon générale, comme une plante tolérant la sècheresse. Il est donc souvent cultivé dans les régions à faible pluviométrie. Une pluviométrie moyenne, comprise entre 1 000 et 2 000 mm3, est généralement satisfaisante.
Au stade de la reprise des boutures et de l’installation de la plante, les besoins en eau sont faibles mais l’alimentation hydrique doit être régulière (pluie fréquente ou bonne réserve en eau du sol). En revanche, lorsque la plante est développée, ses besoins en eau sont plus importants, mais elle surmonte mieux des périodes de sécheresse prolongées. Ace stade, elle supporte aussi les excès d’eau mais è condition que le sol soit bien drainé. Les sols engorgés provoquent la pourriture d’une partie des racines et un ralentissement de la croissance.
Le manioc est susceptible d’une bonne productivité malgré des déficits importants, par rapport à la demande d’évapotranspiration. C’est la fréquence des déficits qui diminue le rendement.
- La terre
Le manioc est cultivé sur de typas de sol extrêmement variés : alluvionnaires récents, ferralitiques ou tourbeux. Il est peu exigeant et supporte les sols hydromorphes, les sols à cuirasses latériques et les marais non drainés.
Les PH acides jusqu’à PH 4 ou neutres à légèrement alcalins jusqu’à 7,5 sont bien tolérés ; la norme parait se situer à Ph 5,5.
Les propriétés physiques des sols (texture et structure) doivent permettre une bonne circulation de l’air et de l’eau et des arrachages faciles même en périodes sèches.
Les meilleurs sols sont en général profonds et ont une bonne réserve en eau. Ils sont de texture sablo-limoneuse ou argilo-sableuse a structure stable.
TECHNIQUES CULTURALES
Préparer la terre
Le manioc est, presque partout dans le sonde, cultivé selon des techniques traditionnelles préservées par sa rusticité, ses faibles exigences et le fait que, dans un système de cultures itinérantes tel que le sein, ses rendements ne seraient pas augmentés proportionnellement au supplément de travail qui pourrait lui être consacré.
Les systèmes traditionnels de production dans lesquels entre le manioc peuvent être caractérisés comme manuels, souvent itinérants et ne nécessitant pas l’emploi d’engrais chimiques.
- Défricher : l’abattage- brulis
Le manioc est généralement cultivé sur des jachères de plus ou moins longue durée/ Le défrichement est souvent fait à la main. Il commence au début de la saison sèche (pour la basse Cote d’Ivoire en janvier/février) par la coupe du sous-bois, se poursuit par l’abattage de tous les arbres (certains arbres difficiles à abattre peuvent être laissés sur place) et se termine, en fin de saison sèche (mars/avril), par le brulage du bois après séchage.
Dans la succession des cultures, le manioc ferme le cycle de l’assolement. En pays krou de tabou, neyo ou kotrohou, il est implanté vers la fin de la première année, une fois acquise de levée du riz pluvial semé après le défrichement et le brulis.
En culture associée annuelle, il y a peu de nettoyage. Il est effectué au bénéfice de la culture associée : riz, mais, arachide, ou pérenne comme le cocotier. Mais, dans la plupart des cas, le manioc sous palmeraie naturelle est l’association type, en particulier en pays adioukrou et Ebrie. La moyenne des surfaces cultivées par famille est d’environ un demi-hectare.
- Labourer
On laboure les terres à manioc en général, vers la fin d’a saison sèche.
Une fois le brulis terminé, on procède au labour à l’aide d’une houe ou d’une daba servant à ameublir le sol et ç faire des buttes.
Cette préparation a pour but de limiter le développement des adventices, d’amender le profil dans lequel vont se développer les racines assimilatrices et les racines de réserve, et d’affiner le sol en surface pour assurer un bon contact entre la et les boutures.
Sur défrichement de forêt primaire, le sol est d’une manière générale bien pourvu en matières organiques et de bonne structure. La flore ne comporte pas d’espèce à croissance rapide susceptible de gêner le manioc de début de végétation. La préparation est donc souvent limitée à l’ameublissement du sol sur l’emplacement des boutures. Pour les autres types de terre, un labour est généralement nécessaire.
On lutte contre les engorgements d’eau, en réalisant manuellement des billons.
Choisir des boutures
La capacité de reproduction du manioc est faible : un plant ne produit qu’un nombre limité de boutures et après huit à dix mois de végétation.
Le choix des boutures est en général une facture très négligée en culture traditionnelle. Les critères de choix sont essentiellement la qualité des boutures et leur état sanitaire.
Les boutures de manioc sont généralement prélevées dans une ancienne culture. Un pied de manioc peut donner de 8 à 10 boutures selon sa longueur. Un hectare de manioc récolté permet donc de planter de 8 à 10 hectares. Les bois de bouturage doivent être conservés avec toute leur longueur, en fagots, et dans un endroit frais. La conservation est excellente pendant un mois. Dans des conditions favorables, elle peut atteindre cinq mois.
La qualité des boutures dépend principalement de leur dimension et de leur âge physiologique. Diverses expériences agronomiques montrent que la taille des boutures conditionne les rendements. Le bouturage de la plante entière après la récolte donnerait des productions plus précoces et plus élevées que l’utilisation des boutures. Cela s’explique par le fait que les grosses boutures ont des réserves plus importantes que les petites et permettent une meilleure installation de la plante, une meilleure vigueur au départ. Les boutures longues ont une meilleure faculté de repris que les courtes car elles possèdent un nombre élevé de nœuds et donc ont plus de chances d’avoir des bourgeons végétatifs viables.
Quant à l’âge physiologique, les rameaux encore verts des extrémités sont sujets à dessiccation rapide et sont sans doute plus sensibles aux agents pathogènes du fait de leur teneur en eau plus élevée. Ils ont un taux de reprise plus faible que les bois aoutés. De même, les boutures prélevées à la base des plantes très âgées, donc très lignifiées, pauvres en réserves nutritives et dont les bourgeons peuvent avoir perdu leurs facultés germinatives ou avoir été endommagé par des insectes, sont de moins bonne qualité que celles prélevées à un niveau intermédiaire.
Les critères à retenir Pour satisfaire aux meilleurs exigences pratiques et économiques, il faut choisir des boutures de 20 à 25 cm, portant au moins cinq nœuds, épaisses et prélevées sur les parties lignifiées des plantes mères, en évitant les parties les plus basses lorsque les plantes mères sont très âgées. |
Planter
En culture paysanne, et notamment lorsque le manioc est associé à d’autre cultures à cycle court, au début de sa végétation, le bouturage est réalisé avec deux et parfois trois boutures par emplacement, à raison de 5 000 à 8 000 emplacements par hectare. Les boutures sont placées horizontalement, verticalement ou obliquement, selon les traditions, plus liées aux habitudes des différents groupes ethniques qu’aux conditions particulières du milieu.
La position verticale privilégie la formation de plantes monocaules, ce qui est un facteur favorable de productivité. Dans la pratique, on doit choisir entre les positions verticales, obliques ou horizontales et des degrés d’enterrement plus ou moins prononcés. L’optimum de densité de plantation se situe autour de 10 000 et 20 000 plants par hectare selon la vigueur de la variété, les conditions du milieu ou de la culture. En sol pauvre ou lorsque le manioc doit être récolté très précocement, on utilise des densités assez élevées.
Compte tenu de l’excellent taux de reprise du manioc, les plantations doivent être faites avec une seule bouture par emplacement. Les paysans plantent en général le manioc au début d’une saison pluvieuse, mais dans certain cas, les plantations sont étalées sur toute l’année. La diminution des rendements en fonction des dates de bouturage peut être attribuée à plusieurs facteurs :
- L’état des boutures prélevées à des époques ou les plantes mers sont à des stades différentes de végétation ;
- Le milieu de culture appauvri notamment par le lessivage de l’azote qui suit le début des pluies et qui pourrait être la cause d’un mauvais départ de végétation ;
- Et enfin, des effets climatiques ; parmi lesquels la chaleur, l’ensoleillement et les quantités d’eau reçues au stade de l’installation de la plante jouent sans doute un rôle important.
LA CROISSANCE DU MANIOC
Quatre périodes
On peut observer quatre phases principales dans le développement du manioc : reprise, installation, développement du système aérien, tubérisation des racines.
Ces phases sont nettement distinctes bien qu’elles se chevauchent particulièrement et subissent fortement l’influence du milieu.
- La reprise
Lorsqu’une bouture est mise en place, les premières émissions de racines s’observent entre le troisième et le cinquième jour. Entre-temps, vers le huitième et dixième jour, on observe un gonflement d’un ou plusieurs bourgeons de la partie supérieure de la bouture qui évoluerons en jeunes tiges feuilles.
Les bourgeons qui évoluent en tiges dépendent de la position de la bouture. Lorsque la bouture est verticale, il existe une forte dominante apicale et c’est le bourgeon le plus élevé qui donne une tige. Lorsque la bouture est horizontale, ce sont les bougeons placés sur le côté de la bouture, orientés vers le haut, qui évoluent en tige, avec toutefois une certaine dominante des bourgeons de la base.
- L’installation
La phase de reprise, caractérisée par l’émission des racines et le départ du ou des bourgeons végétatifs, dure environ trois semaines. La phase d’installation correspond à une croissance rapide des racines qui s’étendent horizontalement à une vitesse d’environ 25 cm par mois. A partir de ces racines traçantes e forment des racines secondaires qui s’enfoncent verticalement. Pendant cette phase, le développement aérien est peu rapide et la plante vit principalement sur les réserves contenues dans la bouture. L’puisement de ces réserves se traduit par un ralentissement de la croissance de la tige. La durée de cette phase est d’un mois et demi à deux mois. Elle dépend largement des caractères de la bouture.
- Le développement aérien
Le développement aérien est une phase au cours de laquelle le système racinaire devient fonctionnel et la croissance de la tige, qui avait marqué un ralentissement, reprend de façon très vive. Cette phase dure aussi d’un mois à deux mois. Elle est caractérisée par une croissance active de l’appareil aérien et une croissance très faible des tubercules.
- La tubérisation
Le développement des tubercules intervient vers le troisième ou quatrième mois. La surface foliaire est alors proche de son développement optimal. La croissance de la tige ou des rameaux se poursuit mais à moindre vitesse sèche produite par la photosynthèse est surtout utilisée pour la croissance des tubercules. En fait, le dépôt d’amidon dans les racines commence dextrement tôt.
La croissance des tubercules se signale d’abord par un ralentissement de la croissance aérienne.
Au cours de cette phase, la tubérisation est lente dans les deux ou trois mois qui suivent l’initiation des tubercules. Elle devient très rapide dans les six à huit mois qui suivent puis se ralentit de nouveau.
Les effets du climat
- La chaleur
Les basses températures ralentissent la croissance. En altitude, dans les zones fraiches, les récoltes doivent être faites après une longue durée de végétation que sous des climats plus chauds. Les alternances de développement végétatif. Les changements de températures et de régime pluviométrique sont généralement associés. Il est difficile de distinguer leurs effets respectifs.
- La pluie
Le manioc est mis en terre généralement au début de la saison des pluies. Lorsqu’une saison sèche intervient, c’est pendant la phase de croissance des tubercules.
Au début des saisons sèches, lorsque le stockage de l’amidon se poursuit, celui-ci se fait à l’humidité décroissante des tubercules de sorte que c’est à cette époque que l’on note les teneurs en fécule les plus élevées
Les éléments minéraux
Comme toutes les plantes supérieures, le manioc prélève dans le sol les éléments minéraux autres que l’oxygène et le carbone nécessaire à sa croissance. L’aptitude du manioc à extraire facilement les éléments minéraux su sol est à l’origine de sa réputation de plante épuisante. C’est aussi pour cette raison qu’il est encore cultivé, dans la majorité des cas, sans apport en engrais. Mais le développement amorcé de cultures modernes intensives implique qu’on se préoccupe de conserver la fertilité des sols sur lesquels le manioc est produit. Dans un système permanent de culture, il est en effet important que les éléments minéraux exportés par les récoltes soient restitués au sol.
- L’azote
L’azote est nécessaire à l’élaboration de la matière vivante. Les parties végétatives et surtout les limbes des feuilles jeunes sont très riches en azote. Le manioc prélève plus de 200 kg d’azote au cours de sa végétation. En l’absence de fertilisation, l’azote est produit par la décomposition de la matière organique et par microflore. Pour le manioc, la période de forte demande en azote se situe pendant la phase de croissance aérienne. Cet élément minéral doit être apporté en deux fois : à l’enracinement des boutures et trois mois après.
- Le soufre
Le soufre est aussi un constituant de la matière vivante, notamment des amino-acides soufrés. Le manioc parait assez sensible à la carence en soufre qui s’observe sur des sols lessivés. Cette carence peut également être induite par de fortes applications de potasse et peut être corrigée par l’utilisation de sulfate de potasse au lieu du chlorure de potasse.
- Le phosphore
Le phosphore est aussi un constituant de la cellule vivante. C’est un élément extrêmement important pour le manioc mais les qualités nécessaires sont faibles. Le manioc tire bien parti de faibles réserves en phosphore là ou d’autres espèces exigeraient des apports de cet élément.
Dans les sols très fortement carencés en phosphore, des apports modérés de cet élément peut accroitre les rendements et également augmenter la teneur en fécule des racines.
- La potasse
La potasse intervient dans la translocation des hydrates de carbone de l’appareil foliaire vers les racines. C’est l’élément le plus important dans la fumure du manioc. Les quantités prélevées au sol par la plante peuvent être très grandes si le milieu est riche.
Les interactions azote-patatiums sont toujours importantes. En cas de mauvaise nutrition potassique, l’azote provoque une réduction de la production de tubercules. En cas de bonne nutrition azotée, l’amélioration de la nutrition potassique réduit les teneurs en azote dans la plante, mais augmente les rendements de sorte que les quantités totales de protéines sont augmentées.
Une alimentation potassique très importante peut être une consommation de luxe, sans effet sur les rendements et entrainer au contraire une carence au magnésium qui provoque une diminution des teneurs en MG dans les feuilles et une diminution des rendements.
- Autres éléments et acidité
Le calcium n’est pas très nécessaire au manioc sauf dans les cas d’acidité très sévère.
Le PH d’un sol joue un grand sol dans la disponibilité pour la plante des éléments mineurs. Les sols très acides peuvent entrainer, d’une part ; des blocages et des effets de carence en cuivre, zinc et molybdène ; et d’autre part, un excès de solubilité et donc des toxicités pour d’autres éléments, notamment le manganèse, le fer et l’aluminium.
Cependant ; contrairement à d’autres plantes le manioc est peu sensible à ces phénomènes toxiques.
- Les symptômes de carences
L’azote par sa carence provoque une forte réduction de la taille des plantes, dans les cas graves, les feuilles deviennent vert pale avec un certain jaunissement des extrémités. La carence en soufre provoque une forte réduction de la taille des plantes et le jaunissement des feuilles âgées. La carence en phosphore provoque des symptômes analogues à ceux des carences en azote ou en soufre mais de limite souvent à une réduction marquée de la croissance.
La carence en potasse réduit la taille des plantes. Les carences en manganèse ou en fer provoquent le jaunissement du tissu foliaire entre les nervures qui demeurent vertes. La carence en cuivre a une action sur les feuilles jeunes : petites zones dépigmentées très délimitées par rapport aux parties restées vertes entourant les nervures. La carence en zinc provoque de petits points chlorotiques sur les jeunes feuilles donnant un aspect jaune au limbe, à l’extérieur d’une bande demeurant verte autour de la nervure principale. Quant au bore, sa carence provoque un arrêt de croissance sans autres symptômes caractéristiques.
PRESERVER LA FERTILITE
Le maintien de la fertilité a plusieurs aspects et concerne notamment l’érosion, la structure et la fertilisation minérale.
La lutte contre l’érosion
Le manioc, en raison de son développement relativement lent en début de cycle, des grandes surfaces de plantation, de son feuillage peu dense et surtout de de son mode de récolte, favorise l’érosion. Ceci s’aggrave encore lorsqu’il est cultivé sur des terrains pauvres et en pente.
Dans les cultures traditionnelles, le travail de la terre limité à la zone de développement des tubercules, les cultures intercalaires permettant de couvrir rapidement le sol en début de cycle, sont des pratiques susceptibles et limiter l’érosion.
Un apport en matière organiques
Le manioc est très sensible à une bonne structure du sol et donc au apports organiques qui l’améliorent. Les cultures continues de manioc, même avec restitution au sol des parties aériennes ne paraissent pas, dans la majorité é des cas, maintenir un niveau organique satisfaisant.
La fertilisation minérale est encore peu ou pas du tout pratiquée dans les cultures traditionnelles, mais elle a donné lieu à de nombreuses expérimentations dont quelques principes généraux peuvent être dégagés.
Dans des conditions d’agriculture traditionnelle et de culture itinérante, on conseille d’utiliser en dose modestes les éléments qui constitueraient les premiers facteurs limitants de la nutrition.
Dans les systèmes de cultures permanentes, l’aptitude du manioc à prélever les éléments minéraux peut conduire ° un rapide épuisement des sols ; le principe à respecter est celui de la restitution en même quantité des éléments exportés par les récoltes et les lessivages.
L’entretien des cultures
- Les mauvaises herbes
Un bon départ de la végétation pendant la phase d’installation et le début de la formation des racines (c’est-à-dire les quatre premiers mois), associé à des densités de plantation assez élevées, permettant en général une couverture du sol satisfaisante et limite fortement ce développement ultérieur des adventices.
La propreté des cultures pendant la phase utile peut être assurée par des désherbages manuels et, selon l’exploitation, mais rarement par des traitements herbicides. Le choix dépend des moyens de la préparation des terres et de la nature de la flore adventice. La nature des mauvaises herbes varie selon le milieu, par exemple : dominance de graminées en savane et des dicotylédones en forêt, mais surtout su système de culture dans lequel le manioc est produit.
Les mauvaises herbes concurremment le manioc pour les éléments nutritifs et l’eau. La concurrence pour la lumière exerce surtout au début du cycle lorsque le manioc est jeune et peut être surmonté et ombragé par les adventices.
- Le désherbage
Il est important en culture traditionnelle. On désherbe deux fois pendant le cycle : au 3e et au 7e mois. La préparation des terres Joue un grand rôle. On utilise les dabas, les sarcleuses, ou les houes pour le désherbage.
Sur les plantations industrielles ou les sarclages mécaniques s’imposent, on préconise l’utilisation de tracteurs enjambeurs ou de lignes jumelées avec un grand interligne de 1,10 m à 1, 20 m.
Les herbicides chimiques ne sont pas utilisés dans les cultures de manioc en côte d’ivoire. Les données dont dispose à ce sujet proviennent de la recherche.la lutte chimique contre les mauvaises herbes pourrait cependant connaitre, dans un avenir proche, un développement rapide, même dans les formes traditionnelles de production, en raison des économies de travail qui peuvent en résulter et grâce l’emploi de matériel d’application simple.
Les herbicides se présentent sous forme de liquides à diluer ou, plus rarement, de micro granulés.
Les liquides sont appliqués à doses de 400 à 500 l/ha par pulvérisation à pression ou de 20 à 50 l/ha par pulvérisation centrifuges.
En culture manuelle on peut utiliser les pulvérisateurs à pression continue constitués d’un réservoir d’environ 15 l portés sur le dos, et d’une pompe à main. Les inconvénients sont la grande quantité d’eau nécessaire à l’hectare et le caractère pénible du travail.
Pratiquement, la lutte contre les adventices par des moyens chimiques seuls est peu recommandée. Ceux-ci sont toujours associé à des méthodes mécaniques ou manuelles.
LES ENNEMIS DU MANIOC
Les maladies
En culture traditionnelle, les soins phytosanitaires sont quasi inexistants. En Côte d’Ivoire, la culture du manioc ne bénéficie d’aucune structure de vulgarisation, d’encadrement approprié, malgré les tentatives d’intensification de cette culture dans la région de Bonoua et de Toumodi. Les paysans luttent contre les maladies par des méthodes empiriques. Pourtant depuis quelques années, les maladies du manioc ont fait l’objet de nombreuses études.
- Les virus
La mosaïque africaine
Ce sont des taches jaunâtres sur les feuilles qui présentent, dans les cas graves, des malformations foliaires (enroulement des feuilles…). La plante est souvent chétive, déformée. Les entrenœuds sont parfois dissymétriques. La dissémination ou propagation de la maladie se fait par des boutures provenant des plantes infectées ou par l’intermédiaire d’un insecte vecteur.
Les pertes dues à la mosaïque sont difficiles à évaluer. Selon OPSOMER, elles sont de 5 à 10% mais atteignent 45% lorsque le champ est réalisé avec des boutures contaminées.
Enfin, les pertes peuvent être très grandes si le matériel végétal est très sensible et déjà contaminée.
La mosaïque africaine est une maladie virale dont la gravité résulte de la rapidité de sa propagation. Il est recommandé d’utiliser des boutures provenant de pieds apparemment sains et, dans les plantations peu infectées, d’éliminer par arrachage et brulage les pieds malades. Il est efficace d’employer des variétés de manioc résistantes.
La mosaïque des stries brunes
Les symptômes peuvent concerner les feuilles, les tiges et les racines, mais selon les clones de manioc, ils apparaissent sur un ou plusieurs organes.
Les feuilles développées jaunissent (chlorotiques). Les jeunes feuilles ne présentent pas de symptômes. Sur les tiges jeunes, des stries noires ou brumes de quelques millimètres de long s’allongent et se réunissent lorsque la tige vieillit. A des stades plus avancés, on observe des lésions nécrotiques et la mort du bourgeon terminal de la tige.
La transmission se fait essentiellement par les boutures. Les pertes sont difficiles à évaluer parce que cette maladie est toujours associée à la mosaïque africaine. Son importance économique est faible.
Nous recommandons de choisir des boutures saines et des variétés résistantes.
- Les bactéries
La bactériose du manioc est sans doute la plus grave maladie du manioc. Elle sévit dans des climats, sur des sols et à des altitudes très variés, et elle cause des dégâts plus graves en savane et dans les zones de transition foret-savane qu’en forêt.
Les symptômes sont le fanage des jeunes feuilles, suivi de la mort du rameau. Les feuilles deviennent flasques et pendantes. L’attaque gagne les extrémités des tiges, parfois la totalité de la plante jusqu’aux racines.
Les symptômes sont plus développés pendant la saison des pluies que pendant la saison sèche ou la présence de la maladie n’est révélée que par des lésions chanceuses sur les tiges et sommités desséchées.
La bactériose du manioc est causée par une bactérie appelée Xanthomonas campes tris, bactérie aérobie. La diffusion de la maladie résulte principalement su transport par l’homme et de l’utilisation de boutures ou de graines prélevées sur des plants contaminés. Les dégâts varient selon les conditions du milieu et surtout selon la sensibilité des variétés.
La lutte consiste à utiliser des boutures saines, mais il est difficile de déceler la présence de la bactérie sur des tiges aoutées. La méthode de lutte la plus efficace est l’utilisation de variétés résistantes. La fertilisation minérale pourrait réduire l’incidence de la maladie.
- Les champignons
Plusieurs champignons peuvent infecter les racines du manioc. Ils se trouvent le plus souvent dans des sols humides et mal drainés. Ils se rencontrent dans tous les pays ou le manioc est cultivé. Les attaques les plus graves peuvent causer la destruction totale de la récolte et entrainer l’abandon d’un champ. Les principaux champignons sont les suivants :
- Rigidoporins lignosus : c’est la maladie des racines la plus répandue en Afrique. Cette pourriture de la racine peut entrainer la mort par dessèchement progressif de la plante. Les tissus infectés des tubercules sont desséchés et ont une odeur caractéristique de pourriture. Les foyers d’infection se développent en tache dans les champs. Les champignons qui attaquent les tubercules en cours de culture continuent à se développer après la récolte. D’autre espèces de champignons pénètrent dans les tubercules par les blessures qu’occasionne le travail de récolte, et concourent à leur détérioration rapide/ Il est donc préférable d’utiliser immédiatement les tubercules.
- Pytophtora sep. Phytontora nicotiane : rencontré sur des terrains mal drainés, il provoque des taches brunes, des nécroses des racines et le collet a tous âge. Parfois des taches brunes sur les feuilles.
- Rosellinia necatrix : cette maladie attaque les tissus des tubercules qui se décolorent puis pourissent en dégageant une mauvaise odeur.
- Le cercospora attaque les feuilles et cause une maladie grave : l’oïdium, et d’autres plus bénignes : la superélongation, l’anthracnose et les rouilles.
- Les maladies physiologiques
La nécrose aseptique du cœur est sans doute l’un des troubles physiologiques les plus importants. Sa cause est mal connue. Elle est observée le plus souvent sur les gros tubercules et dans les champs âgés. L’érosion met à nu les tubercules et provoque le verdissement des parties exposées à la lumière.
Outre les troubles de la nutrition minérale déjà observés, divers désordres physiologiques peuvent être observés. Des malformations de la plante et des tubercules apparaissent dans les sols mal préparés, ou à horizon épais et dur, qui limitent le développement des racines et provoquent des tubercules anormaux avec des dépôts d’amidon dans les tiges, notamment à leur base qui s’épaissit.
Les animaux
- Les insectes
En général, le manioc résiste assez bien aux insectes parce que la partie utile de la plante est hors d’atteinte de la plupart d’entre eux, et parce que le manioc a une bonne faculté de récupération après des attaques de courte durée sur ses parties aériennes.
La lutte par traitement insecticide des plantes en cours de végétation est rarement rentable et souvent inefficace car il est difficile de connaitre le moment opportun des interventions.
Les cochenilles sucent la sève des plantes. Les dégâts qu’elles provoquent dépendent du nombre d’individus présents. La cochenille farineuse ou phénacoccus maihoti envahit principalement la face inférieure des feuilles et des extrémités des tiges qui perdent leur chlorophylle ; se déforment et se dessèchent. La plante réagit en donnant de nouvelles pousses qui sont attaquées à leur tour, ainsi de suite jusqu’à épuisement de la plante.
La dispersion des insectes se fait par le transport des boutures ou le déplacement actif des insectes avant leur fixation sur la plante. La lutte chimique n’est pas envisageable. La protection contre cette cochenille passe par la lutte biologique.
- Les rongeurs
Les rongeurs, rats et agoutis principalement, causent de graves déprédations. On luttera en clôturant et en piégeant les champs.